Ma patiente qui criait au loup

Temps de chien. Et encore, même le plus aquaphile des labradors en aurait marre de cette pluie. En Avril ne te découvre pas d’un fil, et mets ta parka. La radio résonne dans la voiture de SOS Médecins. Bip-bidip-bop ! « On a une visite pour vous, pas loin, motif « Gastro ». Vous voulez y aller? » Let’s go, allons sauver la vie de cette pauvre diarrhéique.

Arrivés au domicile, c’est une jeune femme d’une vingtaine d’années qui nous accueille. Enveloppée dans sa robe de chambre, son discours se veut alarmiste mais à première vue son état est plutôt rassurant.

« Je vais mourir, Docteur(s), j’ai mal partout, je me sens mal, c’est horrible, je vais mourir »

Bon, reprenons calmement. Elle croit avoir de la fièvre (petit aparté : achetez des thermomètres. Utilisez l’orifice que vous voulez, mais prenez votre température, c’est bien pratique). Elle est nauséeuse, et a eu 3 selles (quand on est médecin on ne dit pas caca mais selles c’est plus classe) liquides depuis hier. Pas grand-chose d’autre à nous raconter, si ce n’est « Je suis vraiment pas bien, c’est horrible, je vais mourir ».

C’est ce qu’on appelle -entre nous, quand le patient n’est pas là- le syndrome méditerranéen. Ne le cherchez pas sur Pubmed ou même Wikipédia, rien de bien scientifique derrière ce mot. Définition : se dit de quelqu’un qui exacerbe sa douleur et ses plaintes au maximum, plus que la moyenne en tout cas. Loin de moi l’idée de dire que cette patiente était une menteuse qui ne souffrait pas, mais la tolérance et la perception de chacun par rapport à la douleur varie énormément. Quant au « méditerranéen » dans le nom, il indique [p=0,99, IC = 1-199%] juste que l’on retrouve ce syndrome principalement dans les populations du pourtour méditerranéen (Italie, Portugal, Maghreb…).

Bref, cette jeune femme avait mal. Partout. On l’ausculte… Aïe! On lui palpe le ventre… Aïe! On lui touche les jambes… Aïe! On lui percute les fosses lombaires… AÏÏÏÏE!!!!!
Ah tiens il avait l’air plus vrai celui-là, en plus le Aïe est franchement plus net à gauche (Asymétrie du cri, aussi appelé Signe de NoSu, brevet en cours), ça sent l’embrouille, ou le E. Coli, comme vous voulez, je ne connais ni l’odeur des Bacilles ni celle de l’embrouille.

Ni une ni deux, nous dégainons une splendide bandelette urinaire pendant que Mlle fait fonctionner ses sphincters, et dans ce liquide à l’aspect macroscopique trouble viennent apparaître 3 croix de leucocytes, témoins de la bataille féroce contre une méchante bactérie ayant élu domicile dans le rein de Mlle. ECBU et antibiotiques plus tard, nous avons sauvé cette gastroentérite qui n’en était pas une.

J’ai tiré quelques leçons de cette histoire pour ma pratique future :
1) In BU We Trust
2) Quand les patients ont trop de plaintes, il faut savoir les ignorer et être systématique dans l’examen clinique pour ne rien louper
3) Quand les patients disent que ça va vraiment pas, il faut aussi savoir les écouter. Et se dire que c’est pas juste une gastro.

Une réflexion au sujet de « Ma patiente qui criait au loup »

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