Mes Mercis

Les plus petits gestes, les paroles les plus simples, peuvent parfois avoir une portée considérable. Et comme je n’écris pas que pour balancer des phrases bateau, voilà quelques histoires.

Lorsque j’étais en stage en Réanimation, nous avons pris en charge un Monsieur d’une soixantaine d’années, en post-op d’une médiastinite qu’il avait chopée après un remplacement valvulaire. Pour faire clair, c’est une infection du site opératoire d’une chirurgie cardiaque, et qui nécessite une prise ne charge assez longue, à grande dose d’antibiotiques, jusqu’à ce que l’infection soit totalement éradiquée. Et donc, on a récupéré ce monsieur, après sa deuxième opération (on lave et on draine), dans notre service de Réa. Il était en petite forme quand il est arrivé : intubé, sédaté, il venait de subir une lourde opération, encore fiévreux.

Mais petit à petit, son état s’est amélioré, on a pu le réveiller, l’extuber. Et alors j’ai appris à le connaître. Avant c’était juste Mr Tronc (renommé ainsi en hommage à son embonpoint généreux), avec ses antécédents, ses comorbidités, ses différentes fonctions vitales. Ensuite, c’était toujours Mr Tronc, mais j’ai appris sa vie, son passé, tout en le suivant, constatant avec lui l’évolution de sa maladie, son sevrage de l’oxygénothérapie, sa reprise de la marche, grande victoire pour tous les deux. Pendant plus d’un mois il est resté dans le service, et je prenais beaucoup de plaisir à aller le voir, discuter avec lui, et le soigner aussi un peu.

Et puis il s’en est allé, sur ses deux pieds (chose assez rare en Réanimation pour être notée), presque en pleine forme, reprendre sa vie, celle qu’il m’avait racontée pendant tout son séjour. Avant qu’il ne parte, je lui avais dit que j’espérais ne plus le revoir dans un lit d’hôpital, malgré le fait que ça avait été un plaisir de m’occuper de lui. Il m’a remercié de l’avoir accompagné et écouté pendant ces longues semaines, et m’a souhaité beaucoup de courage pour la suite des études. J’étais heureux qu’il quitte enfin l’hôpital, mais aussi triste de ne plus avoir ce patient aussi sympa qui égayait mes journées à aller voir le matin. Quelques semaines plus tard on a reçu dans le service une lettre avec une boite de chocolats, remerciant tout le service, tous les soignants, pour sa prise en charge et son accompagnement. J’ai trouvé ce petit geste si simple et si fort, ça m’a mis de bonne humeur pendant quelques jours.

Parfois, ce n’est même pas un geste si important, et pourtant, pareil ça me donne envie de continuer à faire ce que je fais, ça me fait dire que c’est un chouette métier que j’apprends quand même. Par exemple, ce monsieur qui a attendu 2h aux Urgences pour 3 points de suture, que j’ai du voir 20 minutes en tout, a quand même pris le temps de sincèrement me remercier ensuite :  « Merci, je n’ai pas du tout eu mal! Vraiment c’est super de voir des médecins -aparté : oui on m’appelle souvent Docteur aux Urgences, j’en parle là aussi sympa que vous! » Pareil ça m’a donné un boost de motivation pour le reste de ma garde.

Une autre fois, en Réanimation encore, un vieux monsieur était décédé dans le service, quelques jours après son arrivée. Et même lorsque que la médecine baisse les bras, que l’on accompagne juste le patient vers la fin, la femme de ce vieux monsieur était venue nous remercier, les yeux encore embués, pour les soins que l’on avait pu apporter à son mari. Ce soir là, même le sénior-qui-ne-montre-jamais-aucune-émotion avait du mal à s’en remettre. Je m’étais dit que c’était dingue que dans un moment comme celui-là, elle trouve la force de venir nous remercier. J’en suis resté admiratif de cette vieille dame.

Tout ça pour dire : il ne faut jamais sous-estimer un petit mot, un merci, que l’on peut distribuer à tous ceux qui le méritent. Pas plus tard qu’hier, j’ai remercié le gérant du kebab de ma rue pour le réconfort rempli de gras et de sel que pouvaient m’apporter ses sandwichs après une journée à la BU. Bon, ça l’a plus fait marrer qu’autre chose, mais je suis sûr qu’au fond de lui ça lui a fait un peu plaisir quand même. Du coup, si jamais autour de vous quelqu’un mérite un merci ou un bravo, n’hésitez pas à lui offrir, ce sera jamais perdu.

PS : j’ai pensé à écrire cet article après avoir lu ceux d’Asadoc et de DocteurMilie, courrez les lire si ce n’est pas déjà fait.

5 réflexions au sujet de « Mes Mercis »

  1. Ping : Mes Mercis | Jeunes Médecins et M&eacute...

  2. Bonjour,
    Hospitalisée depuis 1 mois et pour encore de nombreuses semaines je pense déjà à mon Merci de départ, aux chocolats, aux fleurs, aux larmes de bonheur quand je pourrais dire ce mot. Maintenant je sais qu’il sera apprécié !
    Merci !

  3. C’est encore moi,l’AS.lol
    J’ai connu la réa pour mon fils,motard et accidenté…
    Il a survécu, grâce à un service formidable!Et aujourd’hui,il refait de la moto…
    MERCI!!

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