Mes pas dans la neige

Samedi soir, après un dîner entre copains, j’attends mon train sous la neige. Comme il fait froid / les rails glissent / grève surprise (choisissez votre raison de retard préférée), j’attends plus longtemps que prévu et la neige s’intensifie. Dans la grisaille parisienne la neige tient peu, se colorie vite au gré des pots d’échappement. C’est moche. Allez, le train arrive, je me blottis au chaud, direction la maison maternelle, de l’autre côté du périph.

Il est minuit passé maintenant, les portes s’ouvrent sur cette gare si familière. Celle que je côtoyais tous les jours en P1, celle où j’attendais le train de 6h50 un samedi férié pour me rendre à un concours blanc. Sacrée P1… Bref, je sors du train, et découvre un univers blanc. Il a sacrément neigé ici, ça tient, et peu de gens ont osé marcher dans cette mer de coton.
Alors j’inaugure, je fais mes traces dans cette neige fraiche, un vrai gamin.

Crrrr, Crrrr, Crrrr

Le bruit des pas dans la neige fraiche. C’est grisant de laisser ainsi ses marques, de voir un univers urbain uniformisé par un épais duvet blanc.

Crrrr, Crrrr, Crrrr

J’ôte le stéthoscope de mes oreilles, et note sur mon observation : crépitants aux deux bases. Ben oui, ce monsieur, il a de l’eau dans ses poumons. Et l’eau dans les poumons, quand on les écoute, ça crépite. « Le bruit des pas dans la neige », c’est ce qu’on nous disait en cours théorique en P2, pour essayer de nous décrire ce bruit.

Ah ça, en médecine, on aime bien les images. On en décrit des choses, avec des images auxquelles le poète le plus fou n’aurait pas pensé.
Puisqu’on est dans le poumon, quand on écoute le bruit de l’air qui circule, ça fait un léger bruit, lisse, doux. Ben les mecs ils ont appelé ça le murmure vésiculaire. C’est le poumon qui te murmure dans ton stéthoscope « je me remplis d’air »

Et il y en a plein d’autres. Une image en lâcher de ballons, c’est plutôt joli pour dire qu’on a des métastases partout dans les poumons en radio non?
Je vous parlerais bien du regard en coucher de soleil, mais OpenBlueEyes le fait sans doute mieux ici.
Mais il y en a plein d’autres : des ongles en verre de montre, une image en verre dépoli au scanner, un aspect en linge mouillé de la peau, des ongles en dé à coudre…
Bon, il y en a aussi de moins poétiques : quand on me parle d’ « orteils en saucisse », ben c’est moins classe qu’une fracture en aile de papillon…

En tout cas, sachez-le : en médecine, on a beau avoir plein de mots compliqués pour plein de signes et symptôme, ça nous empêche pas d’utiliser des métaphores de la vie de tous les jours, et de parler de rayons de miel sur un scanner thoracique.

Et moi, à chaque fois que je marche dans la neige, ben je me remémore un de mes premiers cours de P2, quand on m’a appris que les crépitants, c’est comme le bruit des pas dans la neige. Et ça fait Crrr Crrr Crrr.

Une réflexion au sujet de « Mes pas dans la neige »

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