Mes avertissements

Une petite introduction pour commencer, puisqu’il s’agit de mon premier article sur ce blog. Je suis étudiant en 3ème année de médecine à Paris, et j’ai eu envie de raconter un peu ce que je vis, ce que je vois, ce que je pense. A toi, visiteur perdu en ces pages, je te souhaite quelques minutes de divertissement, et rien de plus.

Il n’y a pas de médecins dans ma famille. Pourtant, la fibre médicale n’y est pas absente, car on peut y trouver un infirmier et une orthophoniste. Oui, bon, vous allez dire que vous vous en tamponnez royalement, mais c’est important pour la suite. En effet, quand j’ai commencé mes études de médecine, ils m’avaient uniformément prévenu : « Fais gaffe, ne deviens pas un de ces médecins abrutis et imbus d’eux-mêmes ». Ils m’avaient conseillé de faire tout plein de choses qui me semblaient naturelles, mais qui n’étaient apparemment pas très répandues dans mon futur passe-temps. Dire bonjour à toute l’équipe de soins, dire merci quand il le faut, et surtout écouter et respecter ceux qui ont sans doute passé plus de temps auprès du patient que soi. Je dois avouer que j’étais surpris par cet apparent manque de considération de la part des médecins, et ma seule pensée était alors « Je ne serai jamais comme ça ».

Cette impression s’est confirmée à ma première approche du monde hospitalier à l’occasion de mon stage infirmier de début de 2ème année. J’ai tout de suite remarqué la différence entre les médecins ouverts, agréables, appréciés par tout le staff, et les autres, les « Dôôôôcteur Machinchouette ». Encore une fois, j’ai pensé : non, je ne serai jamais un de ces médecins « écoutez, j’ai une blouse blanche et 11 années d’étude » (c’est bien, ça t’en fait à peu près autant que tu as de neurones) « donc vous feriez mieux de m’écouter ».

Et pourtant, il y a quelques semaines, je racontais mon stage du moment à ma soeur, orthophoniste de son état, et je me plaignais de devoir interroger des patients sur l’histoire de leur maladie pour apprendre à bien faire un interrogatoire. Je disais que tout était écrit dans leur dossiers, que ça devait faire la 12ème fois que les patients nous parlaient de leurs malheurs et qu’ils n’en avaient pas forcément envie, que ça ne servait à rien que je les embête avec ça. Ce à quoi elle a répondu : « Fais gaffe, ça commence… Tu crois déjà que tu sais tout ».  Elle avait raison, ce sont parfois des personnes seules, un peu de compagnie ne leur fait pas de mal, surtout si c’est pour parler de leurs problèmes, et j’ai compris que si je n’apprenais pas à écouter maintenant, je ne saurai jamais le faire.

Ça m’a fait réaliser qu’il fallait que je me méfie, car on peut vite se retrouver au bar de l’Hôtel des Trois Faisans*, sans même s’en rendre compte.

Mais je promets de faire attention. Pour tous mes futurs collègues, pour tous mes futurs patients, je promets de ne jamais tout savoir.

*Remplacer bourgeois par médecins dans la chansons suivante pour illustrer l’article

7 réflexions au sujet de « Mes avertissements »

  1. bienvenue dans l’univers du blogging !

    je suis anesthésiste et l’interrogatoire est encore le truc que je trouve le plus marrant en médecine… pourtant tu imagines bien que c’est loin d’être mon coeur de métier

    apprendre à se faufiler dans l’histoire du patient en mixant écoute et « guidance » est un truc pas évident mais qui rapporte gros quand on veut faire des hypothèses diagnostiques

    à pluche !

    • Merci à toi pour cet acceuil, c’est un honneur :)
      J’avais un peu peur de copier Jaddo avec ce post, dans le style de « tu n’apprendras jamais ». Peur d’embêter le patient, de le déranger, avec pour unique objectif d’apprendre, et pas vraiment d’améliorer ses soins, l’observ ayant déja été faite par l’externe, refaite dans tous les services dans lesquels le patient a pu séjourner…

  2. Chouette de te lire! et puisses-tu garder cet esprit!
    Un médecin imbu de lui-même, qui croit tout savoir, c’est vraiment la plaie… surtout quand il hurle: »C’est moi le médecin, vous devez donc m’obéir! »… en début de nuit…
    Il n’a pas eu une minute de repos… mes collègues l’appelant pour toute prescription et tout changement de débit de perfusion (alors que nous avons une certaine autonomie dans la gestion de l’insuline i/v, par ex., si on suit les cibles prescrites..)… par contre, les médecins sympas et connaissant les compétences des équipes infirmières sont très appréciés et la confiance est réciprqoue :-)

  3. Oui j’ai eu les mêmes remarques à mes débuts… « oh j’espère que toi tu deviendras pas une peau de vache comme les autres »… ça promettait… alors est-ce que nos études nous formattent et nous transforment en connard ? Oui entre autre il faut le reconnaître, si on fait pas gaffe et qu’on ne se rappelle pas les valeurs qui nous animaient au début… on peut devenir un gros con.
    Pas volontairement, insidieusement, parce qu’on évolue au milieu de gros cons, parce que certains de nos profs sont des gros cons, parce qu’on voit rien d’autre que de la médecine et qu’on perd un peu contact avec la réalité.

    Mais faut se dire que la plupart des médecins gros cons, était déjà cons avant de devenir médecin. Juste maintenant ça se voit encore plus.

    Et puis il y a parfois de l’incompréhension, entre chaque profession, parce que même avec de la bonne volonté, on ne se rend pas toujours compte de ce qui se passe de l’autre côté… sans être pour autant un gros con ;-)

    Si tu te poses déjà ces questions, y’a des chances que tu sois sur la bonne voie !

  4. Je suis assez d’accord avec docmam, des gros cons il y en a partout (il faudrait faire des asiles a cons mais vous imaginez la taille des batiments). Mais je vais juste repeter ce que je dis a mes stagiaires (je suis orthophoniste mais je pense que ca s’applique a plein d’autres professions, notamment medicales et para-medicales): le jour ou tu ne te poses plus de questions, c’est que tu t’es salement plante.

  5. Je découvre un peu tard ton blog, mais ça m’a donné envie de te répondre.

    Je suis d’accord avec docmam : « Si tu te poses déjà ces questions, y’a des chances que tu sois sur la bonne voie !  » Pendant mes études de médecine, j’ai vu plus d’étudiants intéressés par diagnostiquer la maladie rare, briller dans les staffs, une potentielle future carrière hospitalière… que par le patient lui-même, son histoire, ses doutes, ses craintes (légitimes quand on se retrouve hospitalisé).

    A mon humble échelle, je me dis qu' »on soigne des patients et pas des maladies » (je ne me rappelle plus où j’ai entendu cette phrase, que l’auteur veuille m’en excuser). Pour prendre l’exemple simple de 2 patients qui viennent pour une rhino, l’un va plus être gêné par la nez bouché, l’autre par la fièvre et la « fatigue » qu’elle peut engendrer. On les écoutera de la même façon, mais on ne les traitera pas forcément pareil. Je pense qu’on peut faire 3/4 du diagnostic avec l’interrogatoire seul (je peux parler seulement de la médecine générale). Alors oui, je pense qu’il faut prendre le temps d’interroger le malade et de prendre la peine d’écouter ce qu’il a à nous dire. Quand j’étais remplaçante j’ai eu un jeune patient qui avait consulté plusieurs médecins depuis un an. Au vu des symptômes, ils disaient tous que c’était dû à la fatigue et à la surcharge de travail. Quand il est venu me voir, il a dû peut-être se sentir plus à l’aise pour parler, il est revenu une 2e et une 3e fois. Au bout de la 3e fois, j’ai tilté et je lui ai demandé de faire un EEG puis une IRM cérébrale qui a révélé une tumeur fronto-temporale avec début d’engagement. Je ne cherche pas du tout à m’envoyer des fleurs (je suis nulle en neuro hein ;P), c’était juste pour dire que dans ce cas-là, l’interro avait pratiquement suffi à orienter le diagnostic, plus qu’un examen clinique approfondi et une connaissance aiguë des dernières recommandations.

    Alors bon courage pour les études, et continue à te poser des questions !

    Et si jamais ça te dit de faire un tour dans un cabinet de MG, tu es le bienvenu (je suis aussi sur Paris) !

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